Fai la brava, 2020
Fai la brava (expression italienne signifiant se comporter correctement) s’intéresse aux traditions vécues par les femmes. Basé sur ses origines italiennes, Alessia Olivieri les joue et questionne ce que nous gardons en héritage, ce que nous laissons de côté. Injonction à la bonté, au courage ou affirmation? Ne connaissant que de loin la culture italienne, il a fallu qu’Alessia décrypte ce titre pour que je le comprenne. Mais si le sens courant est une injonction à bien se com- porter, dans ce travail où elle explore les racines d’une féminité du mezzogiorno qui est avant tout la sienne, elle dit aussi que le sens courant de cette expression n’est pas dé- nué du goût des limites... On a la sensation devant chaque image, en lisant chaque texte, qu’elle montre ce qui est tissé dans ses racines pour dire qu’elle vient de là, que cela la constitue, tout en traçant, au scalpel parfois, ce dont elle se libère et souligne, à travers une moitié de grenade pourrie, qu’elle ne peut se considérer comme la moitié de quelque chose, mais comme un tout qui n’a pas absolument besoin d’un autre pour exister. Le corps, lui, se dérobe souvent, se déploie hors champ, de dos, n’apparaît que légèrement à travers des vêtements androgynes et réapparaît au creux des natures mortes. Ce sont ces corps qui dessinent une filiation, mais une filiation où celle qui porte un vi- sage - non dénué d’humour - est l’auteur et elle seule. On se trouve plus devant un auto- portrait que dans une histoire de famille à plusieurs voix. Alessia Olivieri tisse sa toile dans le but de faire de cette enquête généalogique le récit elliptique de sa construction identitaire. Et si tous les artefacts chargés d’histoires qu’elle a patiemment rassemblés se révélaient être des prothèses inutiles ? Ils portent la métaphore d’un corps qui se libère du poids d’avoir été considéré comme un objet. E così, questa mattina si è svegliata !
Catalogue de l’exposition “Fai la brava”, Le Balkkon, Neuchâtel, février 2020
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